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Août 08

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Pourquoi la Démocratie et la 5ème République sont-elles moribondes ?

(Un article de Michel VAURY pour pg87.fr)

Nous avons de plus en plus de difficultés à comprendre les changements de notre société. Tous les codes (commerce, politique, médiatique, moral…) changent à vitesse « grand V » et même en arrivent à être à l’opposé des anciens.

Quand on regarde ce qui se passe en Europe et plus particulièrement en France, de nombreuses lois sont votées et semblent être complètement indépendantes les unes aux autres. La loi dite « Macron », la loi sur le renseignement, réforme territoriale qui sont les plus connues semblent être très éloignées mais à y regarder de plus près elles vont toutes dans le même sens. Mais j’y reviendrai un peu plus loin.

Couverture du magazine Marianne sur l'essai de Susan George

Couverture du magazine « Marianne » sur l’essai de Susan George « Les usurpateurs »

 Pour mieux comprendre cette nouvelle société que nous connaissons aujourd’hui il faut remonter aux années 70/80. Je vais reprendre quelques phrases de l’article d’Ingmar GRANSTEDT qu’Attac87 a reproduit sur son site. Pour lui, « A partir des années 1980, commence le virage ultra-libéral, scandé par ses trois principes : déréglementation, privatisations, réduction des dépenses publiques. C’est l’attaque contre les politiques de régulation économique keynésiennes, contre l’Etat-providence, contre la redistribution de type social-démocrate qui tempère les effets du capitalisme. Cela commence en fait en Amérique latine. On connaît les programmes de « restructuration » imposés par le Fonds monétaire internationale (FMI) pour forcer ces pays à rembourser leurs dettes. D’où des coupes sombres dans leurs dépenses sociales, des privatisations massives, mais aussi un affaiblissement réel de ces Etats face aux exigences extérieures. Cela se poursuit ensuite aux Etats-Unis avec Reagan, en Angleterre avec Thatcher. Mais l’Union européenne n’est pas de reste : ses traités successifs finissent par instituer la primauté de la « concurrence libre et non faussée », au point de converger avec l’ultra-libéralisme. On en arrive ainsi à la déréglementation des banques et au capitalisme financier avec un champ d’action mondial et sans entraves. »

Ce changement ne vient pas de nulle part, quelques années plus tôt, le 18 mai 1976, à l’ambassade de France aux Etats-Unis, le président Valéry Giscard d’Estaing, le président Gerald Ford et le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, créent une fondation franco-américaine, la French-American Foundation (FAF) qui lancera le programme « Young Leaders » en 1981. L’objectif, mettre en pratique les idées de l’économiste Milton Friedman de l’école de Chicago qui préconise la baisse des déficits par le démantèlement des services publics aux dépens de l’intérêt général… la privatisation, la déréglementation du droit du travail et la réduction des dépenses sociales…pour le plus grand profit des multinationales.

Et dans la même veine, selon le blog http://blogdejocelyne.canalblog.com/archives/2015/07/29/32420909.html entre autres: François Hollande, est recruté en 1996, par cette même FAF ainsi que neuf autres français (la sélection est très sévère). Milton Friedman et ses Chicago’s boys, conseillent Nixon, Reagan, Thatcher, grands destructeurs de services publics pour une liberté totale du capitalisme.

Il n’est point question ici d’une quelconque « théorie du complot » mais plutôt, dans ces adoubements par la French-American Foundation, d’un fort révélateur des options idéologiques d’une parti du personnel politique national.

Un seul objectif, le profit maximum pour les grands actionnaires en employant, sur la population, tous les moyens de pression que peuvent avoir ces grandes puissances d’argent.

Tout cela affecte la population qui se retrouve en état de choc provoqué par le décalage entre les évènements et le manque d’informations qui empêchent l’analyse et donc les réactions adéquates…Selon les pays, selon les rapports de force. Du Chili de Pinochet à la Grèce d’aujourd’hui, le radical-capitalisme triomphe. Dans les deux cas, la population perd ses repères, très rapidement par la répression, lentement mais sûrement par la corruption.

En 2012, François Hollande est le premier « Young Leaders » à accéder à la fonction de chef d’Etat. Dans son gouvernement, sept autres ministres « Young leaders » : Pierre Moscovici, A. Montebourg, M.Touraine, N. Vallaud-Belkacem, A. Morelle( le discours du Bourget avec « mon ennemi c’est la finance »c’est lui ), E. Macron, F. Pellerin.

François Hollande, c’est le changement dans la continuité du programme de la FAF déjà mis en œuvre sous Sarkozy, avec A. Juppé, V. Pécresse, N. Kosciusko-Morizet, L. Wauquiez, J. Bougrab…eux aussi « Young leaders ». L’idéologie économique allemande, avec « l’ordolibéralisme » prônée entre autres par Ludwig Erhard dans l’après-guerre et H.W. Sinn aujourd’hui (voir le monde diplomatique août 2015), est très proche de celle de Friedman.

Ce qui est en train de se préparer maintenant confirme que cette vaste offensive continue et même se renforce. De très nombreux « ALE » (Accord Libre Echange) sont soit ratifiés (ALENA en 1994 Canada-USA-Mexique), CETA (Canada-EU) en attente de ratification, soit en cours de négociations (seize pays d’Afrique de l’Ouest (AO-EU) et sept de l’Afrique australe avec(AA-EU), AECG (Canada-EU), ACS (Accord sur le commerce des services soit la privatisation des services publics), APTP (Accord partenariat Transpacifique entre 12 pays d’Asie, d’Océanie et d’Amérique, dont les Etats-Unis bien sûr), et le Tafta (USA-EU). De l’aveu même des artisans de l’APT (appelé aussi TAFTA, TTIP, GMT…), l’objectif premier des « ALE » est d’imposer « l’élimination, la réduction ou la prévention de politiques nationales superflues ». C’est-à-dire, précise Lori Wallach, « tout ce qui ralentit l’écoulement des marchandises, comme la régulation de la finance, la lutte contre le réchauffement climatique ou l’exercice de la démocratie ».

Contrairement à certains pays en voie de développement, l’Union européenne et les Etats-Unis ont des systèmes juridiques suffisamment fiables pour garantir les investisseurs contre des spoliations pures et simples. Mais  » en les plaçant malgré tout sous la tutelle de tribunaux spéciaux, le TAFTA démontre que son objectif n’est pas de protéger les investisseurs, mais bien d’accroître le pouvoir des multinationales « ( Lori Wallach).

Au fur et à mesure de l’amplification du « tout marché », du « tout privé » les états sont englobés dans cette logique et ne disposent plus que de la possibilité marginale d’en gérer tant bien que mal les conséquences, ce qui les met dans une position d’être beaucoup plus manipulables, dans un contexte d’explosion des nouvelles technologies. C’est pour cela que la loi sur La réforme territoriale a été tricotée en un temps record. Cette loi permet à l’état de se désengager de nombreuses responsabilités et d’assurer à ce capitalisme-absolu une bonne assise.

Pour Ingmar GRANSTEDT: » Les gouvernements n’agissent pas sur les causes du chômage, mais tripotent à l’infini les modalités de sa gestion. Ils n’agissent pas sur les causes du mal-être des jeunes des quartiers de banlieue, mais redéfinissent les missions de la police, mettent en place de nouvelles techniques de surveillance ». C’est « l’Etat sécuritaire ». « Pour raisons de sécurité », la vidéo-surveillance envahit les rues et les places publiques, l’identification et le traçage des citoyens se sert de leurs empreintes digitales, leur iris, leur voix, leurs appels téléphoniques, etc. Pour Gorgio Agamben: « L’axiome tacite, qu’il faut bien prendre ici le risque d’énoncer, est : ‘‘Tout citoyen – en tant qu’il est un être vivant – est un terroriste potentiel.’’ Mais qu’est-ce qu’un Etat, qu’est-ce qu’une société régis par un tel axiome ? Peuvent-ils encore être définis comme démocratiques, ou même comme politiques ? ». Et les citoyens finissent par s’habituer à l’idée que « le rapport normal entretenu avec eux par l’Etat soit le soupçon, le fichage et le contrôle ». Et là la loi sur le renseignement surgit.

Ainsi, aux USA, les dirigeants de Google, Microsoft, Yahoo, Facebook, Apple, America On Line (AOL), ont-ils collaboré avec la National Security Agency (NSA), « l’aidant à contourner les logiciels de cryptage » pour espionner la majorité des citoyens américains, et même des hommes politiques européens? Pour reprendre la formule du spécialiste Tom Engelhardt. «  Cela se fait  » grâce à la complicité de nombreux acteurs, des moteurs de recherche aux sites d’achat en ligne, des réseaux sociaux aux opérateurs de télécommunications « .En France, avec la loi sur le renseignement ces mêmes multinationales auront le même comportement. Est-ce si différent des pratiques des services secrets étatiques qui cherchent à épier les citoyens ?

Pour en revenir aux propos du début, toutes les lois votées vont bien dans le même sens, celui de la déréglementation et de la mise sous pression de la population aidée en cela par certains médias mis en exergue dans le documentaire  » Les nouveaux chiens de gardes  » de G. Balbastre et Y. Kergoat. Je ne parlerais pas de la pression sur les usagers de la route avec la vitesse et les radars, et la multiplicité des lois qui entraine la peur de la police.

Toute les déréglementations se mettent en place avec le TAFTA et autres ALE : privatisation des services publics et extension de la sphère marchande et concurrentielle à tous les aspects de la vie publique et privée des individus ; accélération permanente des flux commerciaux à travers le monde ; subordination des Etats nationaux aux « bénéfices escomptés » des investisseurs étrangers, grâce à un système très spécial d’arbitrage ; paralysie du pouvoir de légiférer et de réglementer des Etats, sauf à la baisse, et de leurs collectivités territoriales, ainsi que de l’Etat fédéral américain et de la Commission européenne ; intégrisme techno-scientifique ; mépris de la démocratie et extension des pratiques policières de surveillance étatique, avec la complicité des multinationales ; management par la peur et le stress et répression des syndicats ; délocalisation et sous-traitance pour exploiter la main-d’œuvre la plus pauvre au profit des consommateurs aisés ; partout où c’est possible, recours à la violence des pouvoirs publics contre les habitants pour réaliser au plus vite les projets d’investissement ( Sivens, NDDL…).

La mise sous pression de la population avec la loi sur le renseignement qui, sous couvert de terrorisme, met tout individu récalcitrant en ligne de mire et par la même occasion montre à tous les autres les risques de se révolter. Ainsi les multinationales peuvent tranquillement faire leur « business » avec la complicité tacite des gouvernants.

S. Hessel disait « Indignez-vous » alors indignons-nous car notre seul salut pour contrecarrer ce capitalisme-autoritaire est que les peuples se soulèvent et s’engagent dans un autre projet de société, les Grecs ont commencé, les Espagnoles sont dans cette stratégie, alors les Français qui ont un poids considérable en Europe, quand vont-t-ils relever la tête ?

Ce ne sera pas facile, mais toute résistance à ce système oligarchique, dont les potentialités d’oppression et d’exploitation n’ont malheureusement rien à envier à celles des totalitarismes d’antan, ne se fera pas en faisant l’autruche.

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1 comment

  1. Danièle Dugelay

    Merci pour cet excellent article, très fouillé, très précis. Là, tout devient clair. Il faut le partager. Les citoyens doivent être au courant.

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