«

»

Juil 17

Imprimer ceci Article

Avec ITER, l’avenir ne commencera pas demain

Article de Cédric Mulet-Marquis pour le journal du PG de la Vienne : “Le Peuple Citoyen”

Décidément, en matière de nucléaire, les coûts n’en finissent pas de s’envoler, avec des résultats concrets chaque jour remis à demain. Le Peuple Citoyen a récemment parlé du cas de l’EPR (chose à laquelle le PG est opposé), censé remplacer les centrales nucléaires à fission actuelles, du moins s’il fonctionne un jour, et qui accumule retards et malfaçons malgré des coûts multipliés, pour l’instant, par trois. ITER, la machine en construction à Cadarache pour préparer les réacteurs à fusion de type tokamak, prend le même chemin.

ITER (pour International Thermonuclear Experimental Reactor) n’est pas un projet nouveau. Le début

NASA Goddard Laboratory for Atmospheres

(NASA Goddard Laboratory for Atmospheres)

de sa phase de conception date en effet de 1988. Il regroupe l’Union Européenne, la Russie, les USA (qui ont quitté le projet en 1998 car le jugeant ruineux, avant de revenir en 2003), la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse. Le budget initial était de 5 milliards d’euros, pour une fin des travaux prévue en 2016 (en 1993, on pensait même que les travaux seraient finis en 2010). A propos de ces travaux commencés en 2007, on notera une bizarrerie : ce n’est qu’en 2011 que l’enquête publique a été menée !
En 2015, les responsables d’ITER ont bien été forcés d’admettre que la date de 2016 ne serait pas tenue et ont parlé de 2019 puis de 2020, pour l’instant. Quand au coût du projet, il a été multiplié par plus de trois, passant à 16 milliards d’euros (dont 1,2 milliard pour la France). Tous les participants sont contractuellement obligés de rester jusqu’en 2017. A cette date, certains pays, et non des moindres, pourraient quitter l’aventure, ce qui serait un coup fatal au projet. Le Sénat américain a ainsi publié en juillet 2014 un rapport demandant «au Département de l’Énergie de travailler avec le Département d’État pour se retirer du projet ITER ».
Malgré ce que la propagande officielle essaie de vendre, “Le Soleil en bouteille” “une énergie illimitée” peut on lire sur le site d’ITER, la réussite éventuelle de ce projet ne signifierait en aucune façon que l’on est en mesure de construire un réacteur à fusion. Les ambitions d’ITER sont les suivantes : produire 500 mégaWatts pendant 6 minutes d’affilé, pour 50 mégaWatts injectés, le temps total de production d’énergie sur les 20 ans après la construction est prévu à 400 heures, soit 20 heures par an ou 0,23 % du temps.
Pour mémoire, un réacteur nucléaire actuel a un taux de disponibilité d’environ 80% soit 7000 h par an. Si le projet est mené à bien, et nous verrons qu’il y a de sérieux obstacles techniques, il est prévu à sa suite un démonstrateur de réacteur à fusion nommé DEMO avant de construire un réacteur véritable au mieux en 2050!

Voyons maintenant quelques-uns des problèmes techniques que devra surmonter ITER.

Le problème du matériau dans lequel sera construit la partie interne d’ITER n’est toujours pas réglé. Ce matériau, qui n’existe pas encore, devra résister à des neutrons très énergétiques produits lors des réactions de fusion (des neutrons sont aussi produits dans les réacteurs à fission mais ils sont beaucoup moins énergétiques). La réponse des promoteurs d’ITER est qu’ITER servira justement à étudier ces matériaux spéciaux.
Pourquoi pas, sauf qu’ITER ne pourra quasiment pas fonctionner sans ces matériaux : peut-être aurait-il été intéressant de les avoir avant de se lancer dans un projet à 16 milliards d’euros ?

L’autre problème majeur auquel devra faire face ITER est celui de la disruption.
La matière dans laquelle vont se dérouler les réactions de fusion est dans un état appelé plasma (les électrons sont arrachés des noyaux atomiques), et ce plasma est maintenu en forme par des aimants
puissants. La disruption est une rupture brutale, en quelques millisecondes, non prévisible, de la géométrie du plasma. La première conséquence est l’arrêt de la production d’énergie faute d’avoir les conditions nécessaires à la fusion.
C’est embêtant quand on cherche justement à produire de l’énergie, mais ce n’est pas dangereux. La deuxième conséquence de la disruption est l’apparition de forces gigantesques capables de réduire en miettes la structure d’ITER, et aussi la production d’électrons très énergétiques capables de vaporiser tout matériau. Ces problèmes sont connus dans les tokamaks déjà construits mais ils restent dans ce cas maîtrisables vu l’énergie assez faible mise en jeu. Il n’en sera pas de même dans ITER où les énergies seront mille fois plus grandes que dans les précédents tokamaks (et l’on ne parle pas de réacteurs à fusion encore plus grands qu’ITER). Une thèse menée au CEA en 2010 arrive explicitement à cette conclusion. En d’autres mots, il y a des très forts risques d’une véritable explosion d’ITER avec projection de matériaux dangereux (car radioactifs mais pas seulement).

Les mises en garde tant techniques que politiques (les énormes sommes d’argent dépensées pour ITER ne sont pas disponibles pour d’autres pans de la recherche) n’avaient pourtant pas manquées, en France comme dans les autres pays membres du projet.
C’est pourtant à un désastre, au minimum financier, que l’on ne manquera pas d’assister dans quelques années. Comme l’EPR, ITER est un de ces projets inutiles, coûteux et dangereux, qui sont le symbole de la fuite en avant technologique censée résoudre les problèmes causés par la surexploitation des ressources naturelles.

Plutôt que d’affronter la réalité de la surexploitation de ces ressources et de changer radicalement de manière de vivre, on préfère le déni et la pensée magique d’une technologie qui sauvera le monde.

Cédric Mulet-Marquis

dans le N°50 du journal du PG de la Vienne : “Le Peuple Citoyen”

Lien Permanent pour cet article : https://www.pg87.fr/avec-iter-lavenir-ne-commencera-pas-demain/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.