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Nov 09

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La gratuité, pas la charité !

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C’est le temps des programmes et en cette fin d’année 2013 la notion de gratuité est à l’honneur.
Les enjeux sont grands et il n’est pas surprenant que sous un même mot se cachent des projets tout à fait divergents.
Dans un monde en passe de devenir intégralement marchandise, la notion de gratuité bouscule l’idée qu’il faudrait tout mériter à la mesure de l’encours de son compte en banque, et qu’il serait donc possible et juste d’être privé de biens et de services pourtant essentiels.
Proposer des gratuités∞ c’est affirmer qu’il existe des biens communs et que chaque être humain a un droit inconditionnel à en «vivre» sa part.
Mettre en œuvre une gratuité c’est rendre effectif ce droit, quasi instantanément, sans attendre l’objectif louable, mais toujours remis aux «lendemains qui chantent», de l’amélioration des revenus et du travail pour tous.
Il n’est pas question de nier les coûts, mais il s’agit simplement de socialiser une dépense qui mérite de l’être par son caractère vital, comme les premiers mètres cubes d’eau par exemple, ou par ses conséquences sur l’égale efficience en terme de vie sociale, culturelle et professionnelle pour chacun, c’est le cas des transports en commun.
A ce stade de la réflexion survient alors immanquablement le contre feu de la conditionnalité : «Oui, bien sûr, mais sous conditions de ressources, seulement pour les plus pauvres d’entre nous».
noeudAinsi une dimension pourtant essentielle de la gratuité passe à la trappe.
Pour le comprendre considérons donc une expérience grandeur nature menée dans notre pays depuis des années : la CMU, Couverture Maladie Universelle, qui permet, sous la condition de très faibles ressources, de ne pas avancer d’argent pour se soigner et ceci sans avoir à payer une mutuelle santé.
Ce système est essentiel pour garantir la santé d’une part malheureusement grandissante de la population, qui comprend d’ailleurs de plus en plus de travailleurs pauvres. Mais il focalise également les ressentiments de nombreux autres citoyens, qui peinent à assurer les dépenses courantes et qui sacrifient l’adhésion à une mutuelle santé, et renoncent parfois à des soins médicaux.
Il est dés lors évident que cette gratuité sous conditions de ressources est une machine infernale, et j’en suis quotidiennement le témoin dans mon travail de médecin, comme sans doute beaucoup d’entre-vous dans les propos entendus de-ci de-là : elle fabrique chaque jour du ressentiment entre les «sacrifiés» et les «assistés». Et ceci se vérifiera dans bien d’autres domaines.
Une solution est pourtant évidente, et consisterait en la prise en charge des soins de santé, pour tous, sans avance de frais, par une sécurité sociale qui financerait à 100%, et ne coûterait au final pas plus cher que cette armada de complémentaires.
Effectivement ∞les enjeux sont grands∞: plus de place pour le marché des mutuelles et des assurances complémentaires santé, plus de place pour les 2,5 milliard d’euros annuels de dépassements sur les honoraires médicaux, … Mécaniquement cette gratuité là chasse la finance et la marchandisation pour un coût total moindre et une meilleure efficience.
La gratuité, pour peu qu’elle soit inconditionnelle, bien ciblée, et limitée pour ne pas induire des gaspillages de ressources naturelles, par exemple en facturant puis en renchérissant les mètres cubes d’eau au delà d’une consommation jugée raisonnable, est donc un moyen de mettre en pratique l’égalité concrète entre citoyens dans la vie quotidienne.
Il est probable qu’à Limoges et dans les communes environnantes, une certaine ségrégation sociale ne perdurerait pas très longtemps dans les transports en commun, s’ils devenaient gratuits pour tous et performants avec le déploiement du ∞projet TramLim.

Jean-Pierre Frachet – PG 87              (Contribution au Forum du journal l’Écho du 8 novembre 2013)

∞L’exemple d’Aubagne∞              ∞MetroLim didactique∞                Crédit code barre : M’pep – dessin militant

Lien Permanent pour cet article : https://www.pg87.fr/la-gratuite-pas-la-charite/

2 comments

  1. Un partageux

    “Fabriquer chaque jour du ressentiment entre les «sacrifiés» et les «assistés.”

    Oh que oui ! Je songe à une ancienne voisine. Elle perçoit un salaire qui reste bien modeste (de mémoire c’est quelques dizaines d’euros de plus que le Smic mensuel). Et son salaire — si plantureux ! — lui fait payer la cantine scolaire pour sa fille au tarif plein pot. Pas de tarif dégressif pour elle, elle gagne trop pour y avoir droit ! Sortir plus de cent euros chaque mois sur un revenu d’environ 1200 pour la seule cantine, c’est lourd. Et chaque mois qui passe, cette dame hurle contre les salauds d’assistés qui, eux, ont droit aux tarifs réduits. Et que c’est honteux, et que c’est injuste, et que c’est toujours tout pour les mêmes, et qu’elle votera comme il faut pour que ça change ! Voilà comment la Le Pen gagne des voix sans rien faire…

    1. PG 87

      Bonne nouvelle ! On n’est pas les seuls, à Limoges, à vouloir la gratuité des transports en commun !
      – Les communistes du Nord: http://nord.pcf.fr//Action-gratuite-des-transports-a.html
      – Et ceux de Clermont-Ferrand: http://rougeespoir.over-blog.com/2013/10/et-si-on-osait-la-gratuité-des-transports-en-commun.html

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