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Avr 29

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La mémoire retrouvée des États-Unis

collections_museumcaLe livre a été un best-seller aux Etats-Unis. Il s’en est vendu plus de 2 millions d’exemplaires. Le titre de ce lourd pavé de près de 800 pages n’avait pourtant rien d’accrocheur : Une histoire populaire des Etats-Unis (publié en France par les éditions Agone).

Quant au contenu, il ne laissait rien du mythe du rêve américain, pas même son ombre. Mais c’est bien son auteur d’Outre-Atlantique qu’une salle bourrée de personnalités applaudit à tout rompre dans une séquence du film, Howard Zinn, une histoire populaire américaine, cosigné par Daniel Mermet et Olivier Azam (dont la première partie, sous-titrée « Du pain et des roses », sort mercredi 29 avril). Un Howard Zinn malicieux, savourant sans doute l’hommage mais plus encore l’énorme diffusion de cette autre histoire occultée faite de luttes, de solidarités, de combats souvent perdus mais toujours recommencés face au cynisme et à la cupidité criminelle de la classe au pouvoir.

Howard Zinn est né en 1922 à Brooklyn de parents immigrés de l’Europe de l’Est. Adolescent, il raconte comment accompagnant des amis pour une manifestation pacifique, il s’est fait matraquer et a perdu connaissance. Et comment il a été stupéfait, revenu à lui, de constater que les rues avaient été nettoyées de toutes traces de contestation : violences et oubli, comme s’il ne s’était rien passé. La guerre arrive et le jeune ouvrier d’un chantier naval devient navigateur dans l’US Air Force.

A trois semaines de la capitulation allemande du 8 mai 1945, il fait partie de l’escadrille qui vole vers Royan, station balnéaire située à l’embouchure de la Gironde, autour de laquelle subsiste un contingent – plutôt attentiste – de 4000 soldats allemands. Il voit depuis l’altitude de 7500 mètres les bombes « s’embraser comme des allumettes » (il expose dans un petit livre La bombe ce qu’il pense de la guerre aérienne, Ed. Lux). La ville est réduite en cendres par les 1200 bombardiers qui viennent d’expérimenter le napalm sur des ennemis certes mais aussi sur une population civile… alliée !

Revenu à la vie civile, en tant que vétéran et à ce titre dispensé de payer les droits de scolarité, Howard Zinn s’inscrit à l’université. Ce sera des études d’histoire. Diplôme en poche, il est engagé par une université d’étudiantes afro-américaines qu’il rejoint dans la lutte pour les droits civiques. Désormais, comme il le raconte dans L’impossible neutralité, autobiographie d’un historien et militant (Ed. Agone), il sera non seulement un universitaire de la mémoire populaire mais de toutes les luttes de son siècle.

Son Histoire… est remarquablement complète. Elle débute avec Christophe Colomb, se clôt avec Bush Junior et rien ne semble échapper à sa sagacité. Le film qu’en ont tiré Daniel Mermet et Olivier Azam et qui ménage également une part à des interviews, de l’auteur notamment, ne peut prétendre à une telle exhaustivité. On ne le regrette pas, les archives visuelles sont peu connues et percutantes, les témoignages d’Howard Zinn, décédé en 2010, précieux. Commencé il y a cinq ans, en 2009, le film doit comporter trois parties, soit une durée totale de presque cinq heures. Avant 1918, jusqu’en 1945, et enfin jusqu’à nos jours. Il est réalisé par une coopérative de production et financé par une souscription publique. La deuxième puis la troisième partie seront montées en partie grâce aux recettes de la partie précédente. La première, seule visible donc pour le moment, tient ses promesses. Daniel Mermet fait du Mermet, la forme peut plaire ou irriter, la séquence sur la première guerre mondiale, décentrée par rapport à l’objet du film qui est les État-Unis, peut paraître un peu longue mais on en ressort, même affranchi par la lecture du livre, toujours aussi stupéfait et scandalisé par le cynisme, les manipulations, les actions criminelles envers le peuple américain (sans parler des autres ou des Indiens) comme cette attaque de mineurs grévistes de Ludlow en 1914 à la mitrailleuse… Heureusement de belles figures de combattants viennent perturber les coups de force des puissants, parmi lesquelles, Emma Goldman et Mother Jones auxquelles Howard Zinn vouait une sincère et profonde admiration. On la partage avec enthousiasme sans oublier tous les résistants anonymes que cette Histoire populaire… nous permet d’apercevoir.

Projection-débat à Limoges: le 21 mai à 20h30 au Cinéma Le Lido, en présence de Daniel Mermet

Voir le site: Histoire populaire américiane

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