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Sep 20

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VIVE LA SECU !

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Il y a 70 ans, les ordonnances promulguant les champs d’application de la sécurité sociale étaient votées par le Gouvernement provisoire de la République. Un vieux rêve séculaire émanant des peuples à vouloir vivre sans l’angoisse du lendemain voyait enfin le jour.

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Le principal bâtisseur de cet édifice des plus humaniste qui soit se nommait Ambroise Croizat. Qui le connait aujourd’hui?

70 ans plus tard, il est temps de raconter cette belle histoire de «  la sécu ». D’où elle vient, comment elle a pu devenir possible, quels sont ses principes de base, qui en sont ses bâtisseurs et qu’est-elle devenue au fil des décennies ?

Au final, se dresseront en parallèle le portrait d’un homme, l’histoire d’une longue lutte vers la dignité et le portrait d’une institution incarnée par ses acteurs du quotidien …

 Projection du film de Gilles Perret à Limoges, Cinéma Le Lido à 20H30 Mardi 11 octobre 2016 suivie d’un débat avec Bernard Teper (Réseau Education Populaire) et L’UD CGT 87

(…) La fondation de la Sécu, c’est donc en 1946/1947. La grande force, c’est que les militants, CGT principalement,
ont mis en place toutes les caisses – retraite, maladie, allocations familiales – dans tous les départements
en moins d’un an. C’est une véritable prouesse, car ils mettent cela en place en plus de leurs heures
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Le tournant suivant, c’est en 1967 lorsque de Gaulle décide de diviser les risques, et de mettre en place une caisse par risque : une caisse maladie, une caisse retraites, une caisse allocations. C’est alors que ces caisses gérées à 75% par des salariés voient s’instaurer la parité. La parité avec un syndicalisme divisé signifie un avantage donné au patronat. La logique change alors, et l’on dérive d’une logique politique vers une logique gestionnaire, dont on ne sortira plus. C’est à ce moment-là qu’apparaît dans les archives la notion de « trou de la sécu ». Cette notion est toujours mise en avant pour mettre à mal l’institution.
Ensuite, on arrive au basculement des années 80, où on retire peu à peu les prérogatives des syndicats, en même temps que l’idéologie néolibérale infléchit la réflexion vers la protection individuelle plutôt que la protection collective. Jusqu’en 2004 en définitive, date à partir de laquelle il n’y a plus de représentation salariée dans les caisses de sécu. C’est Alain Juppé qui fait entrer la finance dans la Sécurité sociale, en refusant d’augmenter les cotisations et en jouant sur les emprunts sur les marchés. Et finalement, sous Jean-Pierre Raffarin, toute délégation ouvrière est évacuée du processus décisionnel : les syndicats n’ont plus qu’un avis consultatif.
Cela ne veut pas dire que c’est la fin de l’histoire, parce que les Français sont très attachés à la Sécurité sociale : les gens comprennent que c’est important. Si l’on regarde bien, le financement de la Sécu se fait encore au trois-quarts par la cotisation : c’est encore le fruit du travail et de la mise en commun qui nous protège collectivement.
Certes, trois-quarts c’est bien, mais cela ne suffit pas, apparemment…
Non, mais le trou de la Sécu, on l’a comblé pendant très longtemps : il existe depuis les années 50. C’est tout simplement parce que la Sécu n’a jamais été imaginée pour être bénéficiaire. Chaque fois qu’il y avait de nouveaux besoins, on a augmenté les cotisations. Il est sûr que les gens vieillissent plus et que la santé coûte plus cher, mais en même temps on génère plus de richesses dans le pays. Il faut ensuite décider si l’on veut continuer de cotiser et de collectiviser, ou si l’on préfère que chacun se débrouille de son côté, même si l’on sait que cela va coûter plus cher et que ce sera moins égalitaire.
On a les moyens de combler ce trou, puisqu’il est de 15 milliards, alors qu’on exonère les entreprises de cotisations patronales à hauteur de 40 milliards d’euros : c’est une question de choix politique. Ce trou arrange tout le monde : plus on en parle, plus on sous-entend que la Sécu ne marche pas bien, alors qu’elle marche très bien. Juste un exemple : le coût de fonctionnement de la Sécu représente 6% de son budget : ce n’est rien du tout lorsqu’on considère que le coût de fonctionnement des complémentaires privées et des mutuelles représente 25% de leur budget. Cela signifie que si nous basculions dans un système de complémentaires, comme aux États-Unis par exemple, cela nous coûterait de toute façon quatre fois plus cher.
De plus, ce serait plus inégalitaire car pour l’instant, chacun cotise selon ses moyens. Dans un système privé, chacun prendrait la mutuelle qu’il peut, pour un accès aux soins très varié. Juste un chiffre : la France dépense 12% de son PIB pour se soigner, alors que les États-Unis dépensent 18% pour des conséquences sanitaires désastreuses. Normalement, il suffirait de citer ces chiffres-là pour défendre l’institution, mais l’image du trou de la Sécu, et des fonctionnaires qui sont inefficaces a tellement d’impact aujourd’hui qu’on n’est pas cru lorsqu’on les cite.
La conclusion du film est qu’un système où tout le monde participe et cotise est plus juste et marche mieux lorsqu’il n’y a pas d’intermédiaire. Le budget total de la Sécu, c’est 630 milliards d’euros par an, qui sont directement reversés et échappent complètement à la loi du marché : il n’y a pas de ponction, sauf pour les 6% de fonctionnement.
On voit aujourd’hui une inflexion vers le privé, surtout depuis la loi sur la tarification à l’acte qui permet de morceler un soin global en plusieurs actes : ce qui est rentable, les cliniques s’en chargent, mais les maladies infectieuses, chroniques, ou à l’issue aléatoire sont pour l’hôpital public. Cela est passé dans les mœurs, puisque même des députés socialistes défendent ces idées-là (…)

( Extrait du dossier pédagogique sur le site du film : http://www.lasociale.fr/ )

 

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