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Fév 14

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L’écosocialisme, une boussole de rechange pour le printemps arabe

 Il nous faut promouvoir un projet global, international, dans lequel pourrait se fondre les forces progressistes laïques du monde arabe. Un tel projet mobilisateur et crédible existe, il s’agit de l’écosocialisme.

A la suite du printemps arabe, l’arrivée au pouvoir de l’islam politique en Tunisie et en Égypte avait suscité une grande déception de la part de nombreux commentateurs.

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Ceux-ci pensaient possible un passage direct à des conceptions politiques similaires à celles actuellement en vigueur dans le monde occidental. C’était oublier certains déterminants historiques, la réalité socio-culturelle des révolutions, et surtout l’inquiétante absence de boussole des occidentaux. Les révolutions sont des spasmes de l’histoire, des catalyseurs, mais elles sont incontrôlables. Comme l’ont montré plusieurs siècle d’histoire européenne, si c’est bien une partie “du peuple” qui manifeste et subit la répression du pouvoir contesté, le “peuple” se retrouve rarement aux commandes à la sortie. A chaque fois c’est une oligarchie qui s’empare du pouvoir en fin de processus, la composition de cette dernière est fonction du rapport de force des différents groupes politiques les mieux organisés du moment. Dans la France du XIXe siècle c’est la bourgeoisie d’affaires qui en est sortie gagnante, en Tunisie et en Égypte c’est l’islam politique qui a rempli ce rôle. Il est à noter que celui-ci s’accommode tout particulièrement du capitalisme néolibéralisé, avec lequel il ne fait qu’un (1).*

Cependant les fins connaisseurs du monde arabe ne sont absolument pas surpris par cette évolution, elle leur semble même logique. L’islam politique jouit d’une vraie popularité, comme l’ont montré les élections dans ces deux pays, qui s’explique par leur longue et patiente implantation. Ainsi l’islam semblait être la seule solution organisée et accessible pour remplacer le despotisme.

Même si les slogans du printemps arabe avaient une tonalité laïque et progressiste, et qu’ils étaient portés par une avant-garde éclairée qui a biaisé le regard des commentateurs occidentaux, la population dans sa majorité ne partage pas encore ces idéaux et s’est tournée vers la religion.

Ceci valide l’une des thèses de Jaurès, selon laquelle le socialisme ne pouvait advenir que grâce à la conscience politique du plus grand nombre votant majoritairement, et dans la plus stricte légalité, pour les représentants de ce mouvement. Il ne croyait pas à l’avènement du socialisme par une révolution violente, menée par une élite éclairée et suffisamment bienveillante pour appliquer le programme socialiste une fois le pouvoir conquis. Selon lui cette méthode ne pouvait aboutir qu’à une nouvelle dictature mais cette fois effectuée au nom du socialisme et donc des prolétaires, mais toujours au profit d’une minorité. En revanche il considérait que les grands mouvements de grèves ou les révolutions étaient des “indices” de la maturation de la conscience politique des acteurs.(2).

Selon Khaled Hroub (directeur du programme d’étude des médias arabes à l’université de Cambridge), c’est l’échec de l’islam politique à répondre aux aspirations grandissantes de la population, qui s’alignent sur les normes occidentales de démocratie et d’égalité, qui entraînera la conscientisation des peuples arabes. (3)

L’historien français Maxime Rodinson, décédé en 2004, prophétisait dans le même sens que “l’intégrisme islamique est un mouvement temporaire (…) mais il peut durer encore trente ans ou cinquante ans (…). Là où il n’est pas au pouvoir, il restera comme idéal tant qu’il y aura cette frustration de base, cette insatisfaction qui pousse les gens à s’engager à l’extrême. Il faut une longue expérience du cléricalisme afin de s’en dégoûter (…). Si un régime intégriste islamique rencontrait des échecs très visibles, (…), cela pourrait amener beaucoup de gens à se tourner vers une solution de rechange(…).” (4)

Dans cette hypothèse la tenue d’élections libres au suffrage universel a une portée révolutionnaire considérable, pour peu qu’un projet émancipateur soit effectivement proposé. Mais la Tunisie et l’Égypte sont “condamnées” à attendre l’échec des formations politiques se réclamant de l’islam.

Il y a donc deux questions fondamentales. La première est celle du temps, combien d’années faudra t-il pour obtenir le renversement des régimes islamiques? et de quelle manière s’effectuera t-il, dans la légalité d’une élection ou dans la violence d’une nouvelle révolution?

La seconde est celle du projet capable de remplacer l’espérance islamiste. Toujours selon Maxime Rodinson, “il faudrait une solution crédible, enthousiasmante et mobilisatrice -et ce ne sera pas facile.”.

Cela nous trace le chemin, il nous faut promouvoir un projet global, international, dans lequel pourrait se fondre les forces progressistes laïques du monde arabe.

Un tel projet mobilisateur et crédible existe, il s’agit de l’écosocialisme (voir ici son premier manifeste). Dans cette optique, la tenue de conférences sur l’écosocialisme à Alger, Rabat et Tunis par Jean-Luc Mélenchon mérite d’être soulignée comme un acte de philosophie politique d’une portée considérable. D’autant plus dans la situation de tension extrême du rapport de force, qui se joue actuellement dans ces deux pays.

S’il est illusoire d’y espérer un basculement immédiat vers l’écosocialisme, c’est bien ce travail de fond politique qui, à l’échelle du temps long de l’histoire, permettra d’entrevoir une sortie de crise par le haut dans le monde arabe, mais aussi dans le monde occidental. Comme le concluait Jaurès dans son article de 1904, “en dehors des sursauts convulsifs qui échappent à toute prévision et à toute règle, et qui sont parfois la ressource suprême de l’histoire aux abois, il n’y a aujourd’hui pour le socialisme qu’une méthode souveraine : conquérir légalement la majorité.”

(1) Le capitalisme extrême des frères musulmans, G.Achcar, Le monde diplomatique, janvier 2013

(2) voir par exemple, Grève générale et révolution, la petite république du 29 août 1904

(3) cité par G. Achcar dans Le capitalisme extrême des frères musulmans Le monde diplomatique, janvier 2013

(4) ibid

(5) Grève générale et révolution, la petite république du 29 août 1904

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