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Sep 03

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Mauvais rêve ou vrai cauchemar ? Le coût du travail comme marqueur politique

Nous savions déjà qu’un travailleur payé au SMIC, employé par le secteur privé, coûtait 1,5 fois plus à l’état sous forme d’exonération de cotisations sociales qu’il ne rapportait aux comptes sociaux (1).yeux fermés
C’est sans compter sur les emplois d’avenir. Les collectivités en sont friandes, mais plus extraordinaire encore, le secteur “marchand” peut également se servir à la marge.
En effet, par exception, les entreprises du secteur marchand (dont la liste des secteurs d’exceptions est fixée au niveau de chaque région par le Préfet, en collaboration avec le Président du Conseil régional), peuvent y prétendre, l’aide n’étant alors “que” de 35% du salaire brut contre 75% pour le secteur non-marchand.
En Haute-Vienne ces cas d’exceptions ne représentent pour l’instant que 18 des 367 emplois d’avenir déjà signés, sur un objectif total de 735 (2). Ce sont des contrats de 1 à 3 ans, destinés à un public jeune et sans qualification.
On ne peut que se réjouir à chaque fois qu’une personne trouve l’opportunité d’un travail et d’un salaire.

Mais comment ne pas être consterné par la logique d’un gouvernement qui place comme pierre angulaire de sa politique économique la baisse du coût du travail ? Il faut donc dévaloriser le prix du travail et lui faire perdre de sa valeur par tous les moyens imaginables, sans jamais de limites. C’est le dogme de la libre concurrence généralisée mise en place par une Europe ultra-libérale, c’est s’interdire la possibilité d’un protectionnisme vertueux, social et écologique.
Et pour ce grand œuvre, tous les moyens sont bons :
-Pas d’augmentation du SMIC.
-Un Accord National Interprofessionnel qui entérine de fait la fin d’un contrat de travail un minimum sécurisé : L’employeur peut manipuler facilement la durée du travail, son prix, et même le lieu géographique où le travailleur devra déménager, sinon se démettre.
-Un “pacte de compétitivité”, qui, par l’augmentation de la TVA, ampute proportionnellement bien plus les petits budgets, nous arrache 20 Milliards d’euros pour les confier, sous forme de crédits d’impôts, à certains de nos valeureux entrepreneurs, ou à leurs actionnaires, qui sait ?
-Nulle remise en compte de la cascade d’exonérations de “charges” dont nous parlions en introduction.
-Une panoplie supplémentaire avec, entre autres astuces, les “emplois d’avenir”, où c’est encore l’état, autrement dit l’ensemble de la population, qui est amenée à se cotiser pour obtenir pour certains d’entre nous le droit de travailler. Il est facile de prévoir l’effet d’aubaine qui va déplacer les postes existants et les recrutements nécessaires vers ces contrats subventionnés, laissant toujours autant de monde en dehors d’un travail qui, coûtant de moins en moins, n’est pas prêt d’être partagé.

Et puis la retraite y passe, salaire socialisé fruit des cotisations. Sans jamais remettre en cause les aides données par l’état pour inciter à la retraite par capitalisation – dépense d’une rare inconséquence pour qui nous explique que nous manquons de fonds dans le système par répartition – nous atteignons alors le sommet de l’ignominie pour un pouvoir qui ne serait pas de droite, en dégradant à nouveau le sort de l’ensemble des retraités et futurs retraités par une accumulation de mesures avec, il faut bien faire preuve d’un peu de compassion, une toute relative prise en compte de la pénibilité.
Quelles sont donc les premières déclarations publiques de plusieurs ministres dont le premier d’entre eux ?
Ils s’empressent de promettre que l’effort demandé sur la part patronale des cotisations vieillesses sera très prochainement intégralement compensé par une baisse équivalente des cotisations pour la branche famille, afin de “ne pas peser sur le coût du travail”.
Va-t-on augmenter les salaires en proportion de la perte sur le salaire net occasionnée par l’augmentation des cotisations salariales ? Aucun de ces ministres, socialistes dit-on, n’est capable d’une telle acrobatie intellectuelle.
C’est la cerise sur le gâteau du MEDEF et l’application du jeu des vases communicants à compétitivité égale, entre la baisse du coût du travail et la hausse du coût de la rente financière (3).

Bref, vous le savez bien, cette question de coût du travail est LE marqueur idéologique et politique par excellence, celui qui montre quel monde nous voulons construire, celui qui ne peut tromper personne, à droite … comme à gauche.
Peut-on être de gauche et ne pas promouvoir une hausse du coût du travail ? Poser la question c’est bien y répondre.

Que le gouvernement Ayrault, le Président de la République François Hollande, un parti anachroniquement dénommé socialiste, soient engagés avec une telle verve à cette destruction systématique de la valeur du travail, avec l’accord tacite de toutes les forces de droite, avec lesquelles d’ailleurs ils ne croisent le fer que sur les questions sociétales ou de xénophobies, duels et pugilats savamment orchestrés par les deux faces d’une même alternance, tout ceci, vraiment, nous afflige.yeux ouverts

Le principe de réalité va-t-il permettre à la mascarade de prendre fin ?
Ami socialiste, tu te rêvais de gauche et tu te réveilles à droite. Ouvre les yeux, en face c’est le Front de Gauche.

(1)    Francine Blanche CGT – Petites panoplies des combines pour ne pas payer de cotisations sociales – L’Humanité dimanche N°370 juillet 2013
(2)    Le Populaire de centre 31 août 2013
(3)   “En 30 ans le salaire moyen a doublé, les dividendes ont été multipliés par treize”  Jean-Christophe Le Duigou – Les surcoûts destructeurs du capital – L’Humanité dimanche N°370 juillet 2013

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1 comment

  1. philippe

    bonjour
    la recette est bien connue y compris des gouvernements de gauche comme de droite l’ont fait ..il est grand temps de dénoncer ces emplois bidons, j’en ai fais et j’en connais un rayon la dessus mais certains elus d’hier de la gauche plurielle devenus membres du front de gauche ont ils la moindre credibilité quand a l’epoque certains disaient les emplois jeunes ou CES allaient soit disant dans le bon sens.on dit place au peuple mais alors faisons le vraiment et cessons de présenter toujours les mêmes aux élections.
    salutations philippe

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