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Mai 15

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Notre Monde, film de Thomas Lacoste

Chronique du film Notre Monde, de Thomas Lacoste.


Actuellement à l’affiche.
Projection du 26 mars 2013, en présence du réalisateur, à Limoges.

(publié dans L’Echo – Edition Haute-Vienne – du Samedi 11 Mai 2013)

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Une phrase :
« Faire de la politique — et si possible — autrement. »

Un film :
Notre Monde, de Thomas Lacoste. 41 ans, avenant, qui, s’il doit prendre la parole, prend le temps de choisir le premier mot de la première phrase et… cherche le mot suivant, celui sur lequel sa pensée va s’appuyer et qui, de circonvolutions en ascensions de pics ardus, produit un discours… passionnant. D’emblée, on aime l’homme.

Le Lido (cinéma art et essai, Limoges) a projeté le film Le grand retournement, en présence de Gérard Mordillat, le réalisateur, en février. C’est au tour de Notre Monde, fin mars. Chacun pose ici sa contribution…

À quoi contribuent-ils ? Éveiller les esprits, provoquer l’échange, créer du lien… passer à autre chose — si possible. Leur idée : si les banques ont pris le pouvoir en Europe, ce n’est pas le fruit du hasard. Si la Politique doit proposer de nouvelles orientations, voire reprendre le pouvoir, il faut échanger, réfléchir et agir.

La Politique ? Laquelle ?
« Autrement… »

Beaucoup laissent faire, beaucoup sont résignés, d’autres ne croient pas ce qu’ils voient, d’autres encore ne voient rien (la fumée est trop épaisse). Et surtout, surtout, cette phrase rabâchée : « on n’a quand même pas atteint l’intolérable… ». Et la suite implicite : « Alors, on attend. On ne bouge pas ».

Quelques-uns, pourtant, voient ici ou là de la lumière et — sous la loupe — se réunissent pour échanger, réfléchir et agir — collectivement. Dans un cinéma par exemple…

Le film.
Thomas Lacoste met en scène avec talent Notre Monde. La fiction s’appuie sur le livre de Marie Ndiaye Trois femmes puissantes, sur la voix et la présence de Marianne Denicourt. L’image et les mouvements sont réfléchis, esthétiques, le son interpelle, pose et repose. Pas d’affolement ici, pas de chaos. Il s’agit de réfléchir, de rester serein et juste.

Thomas Lacoste met en scène la prise de parole de 35 intervenants : philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires… Chercheurs, intellectuels qui partagent, offrent à la caméra, au public, à Thomas, leur vision. Où en sommes-nous ? À quoi ressemble Notre Monde ? Et le travail – et la souffrance qui l’accompagne, et l’enseignement, et la justice, les libertés, l’égalité, la fraternité et les frontières… ?

Ah, les frontières… celles qui nous divisent. Pour qu’ils règnent mieux…

La bande-annonce :

Nous ?
Et moi ? Certains s’interrogent… Et moi, simple travailleur du quotidien, suis-je à même de comprendre, d’échanger et d’agir ? Thomas répondrait qu’on fabrique soi-même, avec ce doute, de nouvelles frontières, d’obscures limites que l’on croit infranchissables alors que rien n’est interdit, ni impossible… que le discours des « spécialistes » n’est qu’un point de départ, qu’exercer son avis critique, se passionner, prendre parti, c’est faire œuvre intellectuelle, que ce n’est réservé à personne.

Thomas Lacoste

Le film est suivi d’un débat… On aborde la question de l’Europe, du “un” et du “collectif”, de la place de la réflexion, de la prise de conscience dans la société, des lieux de réflexion commune (absents, rares ?) qui permettent l’interaction entre les individus, la création, la rêverie… de ce qui fera le monde à venir, celui que l’on commence à construire ce soir… Car, paradoxalement, on se plaint de ne plus avoir de lieux d’échange… et nous sommes là, dans une salle de cinéma, à échanger, à partager. Bougre d’andouilles que nous sommes ! Nous avons partagé un moment, un film, une réflexion et maintenant nous échangeons ! Pari gagné. Merci Thomas !

Lorsqu’il est question des intervenants (chercheurs, intellectuels) et donc des spectateurs capables ou non de comprendre, de se plonger dans cette pensée… Thomas raconte la belle histoire d’un jeune, d’un de ceux que l’on peut — en d’autres lieux — appeler « jeunes des cités », « racaille »… Ce jeune prend la parole à la fin de ce film qui ne lui serait pas, a priori, adressé et déclare :

— C’est la première fois de ma vie qu’on me parle au plus haut de la pensée, qu’on me reconnaît, que j’existe autrement…

Faire la politique autrement… c’est nécessaire.

Faire de la politique – et si possible – autrement. Et partout !

C’est ma contribution.

Eric SABA


Le site du film avec les entretiens, le journal à télécharger,
les réactions des spectateurs, débats : http://www.notremonde-lefilm.com/

Le travail de Thomas Lacoste : La Bande Passante

Notre Monde...

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