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Juin 13

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Réflexions post-européennes

Tribune de Corinne Morel Darleux

pois rougesRéflexions post-européennes en 7 citations.
Aménité et radicalité, croiser le fer et le velours
pour une gauche réinventée

Le journal L’Humanité m’a commandé une tribune pour ses prochaines pages Débats. C’est le déclic, la contrainte extérieure qui me manquait pour trouver enfin le courage de me remettre au clavier et tenter de mettre un peu d’ordre dans mes pensées. En voici le résultat en version longue, la tribune qui sera publiée étant trop serrée en nombre de caractères pour que je puisse tout y exprimer. Rassurez-vous, je me suis volontairement limitée ici aussi pour en garder une lecture aisée.

De nombreuses analyses politiques ont déjà été écrites par d’autres que moi. Certaines dans lesquelles je me retrouve, d’autres qui m’ennuient profondément, peu qui m’inspirent à vrai dire. J’ai pris néanmoins le temps de les lire, de consulter et d’écouter, de méditer pendant que la poussière retombait et avant de retrouver l’envie de m’exprimer. Pris le temps de redécouvrir l’été qui arrivait, de cueillir des framboises et d’aller à la rivière me baigner. De retrouver le simple plaisir d’être.

Je ne voulais pas me précipiter, paraphraser ni jouer les initiées. Mais au contraire essayer d’offrir un pas de côté. De mettre en cohérence le fond et la forme, persuadée au moins d’une chose: l’exercice de la politique étant à réinventer, le discours doit lui aussi être renouvelé. Ceci n’est donc qu’un timide début d’expression post-européennes, une contribution que j’espère singulière au débat et au Que faire ? que nous sommes nombreux à cogiter. Continuer oui, plus que jamais je sais pourquoi. Mais comment… Je ne sais pas.

“Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres” Gramsci

Le résultat des européennes et le score du Front National sont un double lever de rideau sur la crise de régime de la cinquième république et sur le rejet populaire qui frappe tous les partis traditionnels. L’avènement de la sixième république est un combat qui ne dépend pas que de nous. Nos modes d’action et d’exercice de la politique en revanche, si. Et traditionnels nous l’avons peut être trop été.

“Comme la vie est lente, Et comme l’Espérance est violente” Apollinaire

Le Front de Gauche est parvenu à la fin du premier acte. Son ancrage est insuffisant pour passer devant le PS et offrir une alternative à gauche. Nous avons perdu la course de vitesse contre le Front National. Le peuple choisit majoritairement de se détourner des urnes. Il n’y croit pas, il n’y croit plus. Face à ce triple constat, il n’existe pas de raccourci. La reconquête populaire, la décolonisation d’imaginaires plombés d’idéologie libérale et de conditionnement télévisuel, l’émergence d’un nouveau désir de politique prendra du temps. Ce temps que nous n’avons pas pris, tout à notre hâte de voir dans la période un contexte pré-insurrectionnel, pressés par le calendrier électoral et la succession des attaques gouvernementales.

“On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste (…) Ce n’est pas la fin du monde, c’est l’An 01” Gébé

Précipitées, les analyses sont trop souvent superficielles ou artificielles. Acceptons de ne pas se laisser presser et de faire un pas de côté: le pourquoi de l’action politique est plus que jamais motivé, reste à redéfinir le comment. Pour s’affranchir du traditionnel et de l’assimilation au système nous devons réinventer notre singularité en nous tenant loin des logiques d’appareils. Ne pas créer les nôtres, tenir bon sur les luttes, tout en offrant à gauche un projet à la fois désirable et crédible, qui permette de s’inscrire en pour sans rien renier de ses contre.

“De chacun selon ses forces, à chacun selon ses besoins” Marx

Ça n’amuse personne de manger des pesticides à longueur de journée, de voir les riches s’enrichir et les pauvres s’appauvrir. Les français ne sont pas tous racistes, ils ne prennent pas leur voiture pour le plaisir de polluer et discutent toujours de politique au café. Il existe un désir de gauche dans notre pays basé sur les valeurs républicaines d’égalité, de solidarité et de fraternité. Voilà ce sur quoi nous devons nous appuyer.

Nous avons semé, il faut désormais cultiver. Loin de la tentation mouvementiste, il faut désormais concentrer nos efforts sur des points clés de notre projet et les creuser tels des sillons. Répartition des richesses, souveraineté populaire, bifurcation écologique: nous devons tenir ces trois axes.

“Un autre monde existe, il est dans celui-ci” Eluard

L’écosocialisme fournit un liant cohérent à ces trois axes. En lien avec les alternatives concrètes, il identifie les prémisses du futur dans le présent. Il permet de fédérer des cultures politiques différentes, du marxisme à l’écologie anticapitaliste en passant par les libertaires et l’autogestion. Il fournit la passerelle allant du NPA à Europe Ecologie, de Notre Dame des Landes à la CGT, en passant par Alternatiba et les collectifs anti-Tafta, sans rien renier de nos combats.

Dispersés nous n’y arriverons pas. Notre dessein doit être majoritaire et non sectaire. Mais on ne fait pas du neuf avec du vieux, et on ne réinvente pas la politique avec ceux qui l’ont dévoyée, en ont usé et abusé. Coupons les ponts avec les technocrates. Les gens n’en peuvent plus. Nous non plus.

Pour refonder il faut d’abord rompre. Retourner dans le giron du système, faire appel au PS ou au Modem serait une erreur grave. Nous n’avons plus rien en commun. Nous n’avons pas besoin d’eux. Pire, ils nous entraîneraient dans leurs dérives et leur chute. C’est à gauche que nous gagnerons la reconquête. Unis, nous pouvons nous émanciper: ni satellites, ni parasites, nous avons notre projet. Reste à faire preuve de courage et de ténacité.

“Suaviter in modo, fortiter in re” (aka Ferme sur les principes, souple sur la tactique)

En maniant aménité et radicalité, nous tenons la méthode d’une gauche réinventée. Comme nous avons su le faire en 2012 pendant la présidentielle. Comme nous l’avons fait victorieusement à Grenoble. Comme nous l’avons décrit dans notre Manifeste pour l’écosocialisme. Le point commun de ces trois points d’appui qui ont fait éclore l’espoir ? Le renouvellement de la chose politique basé sur un discours radical et sans concession, porté par un langage clair, parfois empreint de poésie, incarné par des visages qui apportent un souffle de nouveauté. Comme un déclic positif qui rend le changement possible.

Le fer de nos convictions et le velours de nos discours doivent se matérialiser dans une variété de profils qui parlent aux gens et donnent à chacun envie de venir voir ce qui se passe, de commencer à discuter du fond de la salle, de s’asseoir pour reprendre un café et pour finir de refaire le monde. Des « casse-cadenas » qui donnent envie d’y croire à nouveau. Ni Dieu, ni seigneur, ni tribun, certes. Mais des visages, des parcours de vie, et au final des gens dont on voudrait pour amis, tout simplement.

“Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s’épanouir” Neruda

La politique ne doit pas être hors-sol mais s’inscrire dans la réalité des gens. Repartons de ce à quoi aspire l’immense majorité : bien vivre, bien manger, au chaud, éduqué et en bonne santé. Avec tous ceux qui voudront s’engager avec détermination et sincérité.

L’article original

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1 comment

  1. philippe

    Ayant assiste au dernier discours des europeennes j ai trouve que la campagne front de gauche avait un cote trop sollennel; on avait l impressiond un discours tenu pour des fideles et c est dommage.. pour ma part me sentant nul part bien dans cette gauche a la derive je trouve dommage qu on axe pas d avantage sur les luttes que sur des personnalites qui seraient des saints sauveurs.comme le dit la marseillaise il n y pas sauveurs supremes il serait vraiment temps de faire evoluer ce front de gauche poussif avec sa myriade de mouvement dans lequel le citoyen se perd forcement.

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